Interview de Florence Sandis
Florence Sandis est une figure engagée de l’inclusion : coach, conférencière, formatrice, entrepreneure et autrice de Brisez le plafond de verre (Michel Lafon Poche 2020). Son moteur dans chacun de ses projets ? Aider chacune et chacun à dépasser ses freins pour s’accomplir pleinement.
Ensemble, nous avons abordé les mécanismes qui freinent encore la parité, des stéréotypes persistants face aux discours masculinistes en pleine expansion, le rôle essentiel des hommes pour garantir l’inclusion pour tous, mais aussi leviers organisationnels concrets à actionner pour ancrer durablement l’égalité au sein de l’entreprise. Entretien.
Quels sont les obstacles majeurs qui freinent encore aujourd’hui l’atteinte de la parité ?
Florence Sandis : C’est un travail de longue haleine parce qu’on ne revient pas en un jour sur des comportements presque archaïques. Il y a encore tout un travail essentiel à faire sur les mentalités. Je sais qu’il y a une forme de « gender fatigue » et qu’on pense que c’est bon, mais ce n’est pas acquis. À la faveur d’un moindre incident ou d’un président qui va décomplexer les gens, on voit que tout peut basculer rapidement. Regardez aux États-Unis, où l’on a vu se répandre un discours masculiniste absolument décomplexé en un rien de temps. Les derniers chiffres sont d’ailleurs hallucinants. Un récent sondage OpinionWay de ce mois-ci montre que 51 % des hommes de 25 à 34 ans trouvent que les contenus masculinistes disent « enfin la vérité ». Il faut donc rester hyper vigilant au niveau de la culture.
Par ailleurs, il y a la question des stéréotypes. On entend souvent parler de l’absence de viviers dans les métiers techniques, par exemple. Alors certes, il y a moins de viviers, mais il faut peut-être aller les chercher ailleurs, les former. Et surtout il faut se remettre en question : est-ce qu’on leur donne vraiment envie de prendre ce job ? Est-ce qu’on s’est montré assez à l’écoute pour qu’elles se sentent en confiance ?
Enfin, les femmes elles-mêmes peuvent être leur propre frein en se mettant des limites dans ce qui est possible de faire. Mais c’est aussi la conséquence des injonctions sociales et culturelles dans lesquelles nous avons baigné. Souvent, il suffit qu’un homme ou une femme leur dise : « Bien sûr que tu peux ! Tu n’as pas toutes les compétences ? C’est normal, si tu avais toutes les compétences, tu n’apprendrais rien. » Le fait de dire « Tu peux, vas-y ! » peut débloquer la situation. Nous devons lutter contre nos propres stéréotypes, hommes et femmes, et cela passe par une acculturation progressive.
La Poste a souhaité aussi former les hommes. Ensemble, vous avez lancé la formation "Dans la peau d’une femme" pour montrer que les hommes doivent être parties prenantes de l’égalité. Quels sont les leviers individuels sur lesquels les hommes peuvent agir pour garantir l’inclusion selon vous ?
Florence Sandis : La première étape, c’est de faire un pas d’empathie, de se mettre dans la peau d’une femme. Et c’est justement le but de la formation : voir les freins que les hommes ne perçoivent pas forcément. De même que nous, si on se mettait dans la peau d’un homme, on découvrirait plein de choses. Cela permet de comprendre la « course de haies » que les femmes ont à surmonter là où, pour eux, la voie est souvent beaucoup plus aisée.
Ensuite, je les invite à détecter les signaux faibles, à rester en alerte pour être attentif si jamais une de leurs collaboratrices va mal ou subit du harcèlement. Je les sensibilise à la posture d’écoute, de questionnement, pour aider l’autre en le responsabilisant aussi. Cela signifie aussi changer de prisme pour inciter les femmes à oser et, pour cela, s’ouvrir à d’autres critères de valorisation. Enfin je les encourage à devenir un rôle modèle influent, à construire un plan d’action avec des initiatives inspirantes pour qu’ils repartent de la formation avec des innovations concrètes à mettre en place. Le but est de prendre conscience des stéréotypes, de se rendre compte de leur rôle en tant que manager, et de faire ruisseler le changement.
Comment favoriser un cadre organisationnel qui permet d’ancrer l’égalité durablement au sein de l’entreprise ?
Florence Sandis : Plus le congé paternité se rapprochera du congé maternité, moins le fait d’avoir un enfant discriminera les femmes. On le voit dans des pays d’Europe du Nord, le fait de rendre les congés égaux et obligatoires en partie pour les hommes permet que, lorsqu’ils s’occupent de leur enfant au départ, ils continuent de s’en occuper plus longtemps.
Ensuite, il y a la question des quotas. Aucune femme n’aimerait être prise pour un quota, mais on voit que ça marche. Quand on a des quotas, on trouve des femmes ; quand on n’en a pas, on trouve des excuses. Et les femmes représentent 58 % des diplômés de bac +5, donc il n’y a pas de raison qu’elles soient moins compétentes. Alors quand j’entends : « Oui, mais cette femme-là n’est pas compétente », je réponds : « Est-ce que vous ne connaissez pas un homme incompétent en poste ? » Pourquoi, quand c’est une femme, attribue-t-on l’incompétence au fait qu’elle soit une femme, et pas quand c’est un homme ?
Il est crucial de rappeler que les quotas ont pour but de rectifier un équilibre. Toutes les études le montrent : plus il y a de la mixité, plus une entreprise représente la société, plus elle est performante, plus elle fidélise ses collaborateurs, et plus elle fidélise ses clients. Au fond, c’est juste du bon sens.
Si la formation « Dans la peau d’une femme » proposée par le Réseau Parité Un Une avec l’Institut Groupe La Poste vous intéresse, rendez-vous dans votre espace ambassadeur !