Cap sur l’égalité : retour sur les temps forts de l’événement du Réseau Parité Un Une
Jeudi 12 mars s’est tenu l’événement du réseau Parité Un Une du groupe La Poste. L’occasion de réfléchir à l’état des lieux des droits des femmes dans le monde et en France en présence d’invités d’exception. Décryptage d’un moment de réflexion et de partage qui place La Poste en première ligne pour l’égalité.
Un message d’ouverture fort pour rappeler l’urgence d’agir
L’événement a débuté avec une vidéo poignante rappelant plusieurs moments marquants de la lutte continue des droits des femmes. Du procès de Bobigny remporté par l’avocate et militante Gisèle Halimi, qui a marqué une étape décisive vers la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse en France, aux reculs préoccupants comme la mort de Mahsa Amini, jeune Iranienne arrêtée pour avoir prétendument mal porté son voile, le film a rappelé que les droits des femmes ne sont jamais définitivement acquis.
À la suite de cette mise en perspective, Marie-Aude Dubanchet, directrice générale adjointe en charge de la communication, et Valérie Decaux, directrice générale adjointe en charge des ressources humaines du groupe, ont pris la parole. Toutes deux ont rappelé le rôle essentiel des entreprises dans la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais ont aussi appelé à la traduction en actions concrètes de ces engagements pour être pleinement efficaces. Veiller, par exemple, à ce que les listes de candidats à un poste soient réellement paritaires, ou encore s’assurer que les plans de succession intègrent systématiquement au moins une femme. Autant d’initiatives qui montrent que l’égalité ne se limite pas à de grandes politiques RH, mais qu’elle se construit aussi au quotidien, à travers des pratiques concrètes.
À cette occasion, Valérie Decaux a également rappelé les progrès réalisés par le groupe en matière de parité. Elle a notamment souligné la performance de La Poste à l’index de l’égalité professionnelle, qui a atteint 99/100 en 2025, tout en insistant sur la nécessité de veiller à la durabilité de cette performance.
Une table ronde pour décrypter les enjeux actuels
L’événement s’est poursuivi par une table ronde animée par Aurore Mayer, directrice du réseau Parité Un Une. Pour nourrir la réflexion, plusieurs intervenants de renom ont partagé leurs analyses : Muriel Réus (Personnalité Qualifiée & Co-Présidente de la commission Stéréotypes au Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes, Présidente fondatrice de l’association « Femmes avec »), Amandine Clavaud (Directrice des études, Directrice de l’Observatoire de l’égalité femmes-hommes au sein de la Fondation Jean-Jaurès), Louis-Pascal Jacquemond (écrivain, historien et professeur à Sciences Po) et Aïda Ben Hassine (artiste interprète de la compagnie Leïla Ka).
Les échanges se sont d’abord ouverts sur le rôle essentiel de l’art dans la visibilisation des conditions des femmes. À cet égard, le travail de la compagnie de Leïla Ka constitue un véritable cas d’école et l’intervention d’Aïda Ben Hassine nous le prouve. Artiste engagée, elle contribue à porter ces enjeux au-delà de la scène, notamment à travers des collaborations avec Arte, via des formats courts visant à sensibiliser et dénoncer les violences faites aux femmes.
La discussion s’est ensuite élargie aux évolutions des perceptions de l’égalité chez les jeunes générations. Amandine Clavaud a ainsi souligné une tendance de plus en plus visible : « On voit très nettement une polarisation : les jeunes femmes adhèrent davantage aux idées dites progressistes, tandis que certains jeunes hommes se montrent plus réceptifs aux thèses masculinistes. » De retour de la 70ᵉ session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, tenue au siège de l’ONU à New York, à laquelle participait la délégation française conduite par Mme Aurore Bergé, Muriel Réus alerte sur un phénomène à ne pas sous-estimer : « Le masculinisme n’est pas un épiphénomène, c’est un phénomène politique ». Pour Amandine Clavaud, ce constat illustre un enjeu plus large : l’affaiblissement des régimes démocratiques va de pair avec l’inégalité de genre. « S’attaquer aux minorités de genre, c’est s’attaquer à la démocratie, car cela consiste à priver des individus de leurs droits fondamentaux », souligne-t-elle, reliant directement la montée en puissance des acteurs conservateurs à la défense des principes démocratiques.
Ces évolutions ont des répercussions en France et font écho au rapport du Haut Conseil à l’Égalité, rédigé par la commission « Stéréotypes et rôles sociaux », co-présidée par Muriel Réus. Celle-ci alerte sur une progression préoccupante du sexisme : près de 40 % de la population française adhèrent à des formes de sexisme, qu’elles soient qualifiées de « paternalistes » ou « hostiles ». Pour lutter contre cette progression, le rapport recommande l’élaboration d’un plan interministériel pluriannuel, définissant les priorités stratégiques, les objectifs opérationnels et les indicateurs de résultats. Ce plan doit être accompagné de budgets dédiés et identifiés, permettant le déploiement effectif des mesures sur l’ensemble du territoire.
Louis-Pascal Jacquemond a quant à lui ajouté un regard historique sur les inégalités persistantes : « Nous avons fait des progrès sur la mixité et la parité, notamment grâce à l’école et aux quotas. Mais dès qu’il s’agit de pouvoir et de savoir, les femmes restent souvent invisibles. On connaît les hommes qui sont des savants mais quand il s’agit de nommer des femmes qui les ont aidés ou ont fait le travail à leur place, elles sont anonymes, c’est ce qu’on appelle l’effet Matilda »
Face à ces évolutions, la question de l’engagement collectif s’est également imposée comme un enjeu central. Pour Muriel Réus, l’égalité ne peut progresser sans une implication active des hommes : « Nous avons besoin des hommes. Pas seulement comme alliés, mais à nos côtés, avec une compréhension totale des enjeux qui soient aussi porte-parole ». Un point également souligné par le reste des intervenants.
Un moment artistique fort pour clôturer la rencontre
Pour clore cette rencontre, la Compagnie Leïla Ka a offert au public une parenthèse artistique d’une intensité rare avec la présentation de deux extraits de spectacles, dont celui du début de Maldonne de la compagnie de danse contemporaine Leïla Ka, dont le travail suscite aujourd’hui un large écho dans le paysage culturel. Le public a d’abord découvert « Bouffée », une chorégraphie interprétée par cinq danseuses. Dépourvue de musique, la performance repose uniquement sur le mouvement et la respiration des interprètes, offrant un moment d’une grande sincérité. La séquence s’est poursuivie avec « Pode Ser », un solo tout aussi puissant. Une manière intense et poétique de conclure cette journée d’échanges, en illustrant à quel point les enjeux d’égalité s’expriment aussi à travers l’art et la création.