Retour sur l’événement Toutes Marianne(s) : Liberté(e), Égalité(e), Fraternité(e)

Mardi 14 avril, le Musée Postal a accueilli l’inauguration d’une exposition inédite imaginée par la photographe Sylvie Castioni et directrice créative Annelise Stern : Toutes Marianne(s) : Liberté(e), Égalité(e), Fraternité(e), présentée en partenariat avec le Réseau Parité Un Une. À travers 92 portraits de femmes, du monde du cinéma, aux entrepreneuses en passant par les sportives, le symbole républicain de Marianne se réinvente, s’émancipe de son image unique et devient pluriel. Une exposition engagée, suivie d’une table ronde intimiste puis d’une inauguration ouverte au grand public, qui donne à voir une Marianne, ou plutôt des Mariannes, à l’image de chaque femme, quels que soient son âge ou son origine. Retour sur un événement inédit !

Une visite guidée au cœur des portraits

Lors de la visite guidée à destination des ambassadrices du réseau Un Une, Sylvie Castioni a présenté les 92 portraits qui composent l’exposition, de Claudia Tagbo à Sylvie Tellier, en passant par Esther Abrami. Ce chiffre n’est d’ailleurs pas laissé au hasard puisqu’il fait écho à la création de Marianne en 1792, pensée à l’origine par des hommes. Le cadre de l’exposition est donc posé : viser à se réapproprier ce symbole pour en proposer une lecture vivante et plurielle. Car l’exposition dépasse aussi le cadre photographique. Portraits en mouvement, témoignages audio, dispositifs numériques… Autant de formats qui permettent de découvrir les coulisses des œuvres et les récits de celles qui ont accepté de poser.

Derrière chaque image se cache un moment singulier. Les séances photographiques deviennent de véritables espaces de parole, souvent dans le canapé du studio de Sylvie Castioni, qu’elle surnomme son « confessionnal », ou parfois dans un cadre plus intime, comme dans sa cuisine où elle a accueilli Louise Aubry. Dans ces instants suspendus, les participantes se livrent sur leur histoire, leur rapport au corps ou leurs aspirations, faisant de chaque portrait la trace d’un vécu personnel. Cette dimension intime se prolonge dans le port du bonnet phrygien, élément central des portraits. La photographe explique qu’il suscite des réactions très diverses, allant du rire aux larmes. Hérité de l’Antiquité, ce symbole évoque l’affranchissement et le passage d’un état de servitude à la liberté.

Et pour incarner la sororité au plus près, Sylvie Castioni a elle-même choisi de passer devant l’objectif pour réaliser son propre portrait. Elle s’y représente avec un grand sourire,  « je suis heureuse aujourd’hui », confie-t-elle; mais les mains placées derrière les oreilles, comme pour amplifier un écho. Un geste symbolique, raconte-t-elle, en hommage aux femmes qui, notamment depuis #MeToo, prennent la parole pour dénoncer leur vécu sans toujours être entendues. Enfin, l’exposition se conclut par une image particulièrement symbolique, celle de trois générations de postières : Jacqueline, Vanessa et Marcelle, grand-mère, mère et fille, réunies devant l’objectif. Cette photographie illustre l’idée d’un lien entre les femmes à travers le temps. « J’ai appelé l’œuvre le rhizome des Mariannes car il me rappelle à quel point nous sommes toutes interconnectées, par notre Histoire et celle des femmes à travers les siècles. C’est une racine sans hiérarchie », explique Sylvie Castioni.

Une table ronde pour prolonger les échanges

L’événement s’est poursuivi par un échange exclusif réunissant la photographe Sylvie Castioni, la commissaire de l’exposition Annelise Stern et Jodie Coste, auteure-compositrice, ambassadrice de l’Union Nationale des Familles de Féminicides et également représentée en Marianne dans l’exposition. Les discussions ont d’abord porté sur la genèse du projet.

Sylvie Castioni a expliqué avoir commencé ce travail après la dénonciation des viols de son ex-meilleur ami, commis sur une dizaine de jeunes mannequins et actrices. Il est aujourd’hui condamné à seize ans de prison, révèle-t-elle. C’est ainsi dans les couloirs du Palais de Justice, à l’occasion du procès, qu’elle dit avoir été confrontée pour la première fois à la figure de Marianne. « C’est une réponse personnelle et artistique à des injustices dont j’ai été témoin », confie-t-elle, rappelant que « l’intime est politique ». Si le point de départ est difficile, la photographe insiste sur le rôle réparateur de l’art : « Ce n’est pas un début joyeux, mais on transforme les épreuves de vie, car l’art permet de se réparer. C’est un endroit qui fait évoluer les consciences et qui touche à des parties qu’on n’a pas envie de voir. » Annelise Stern a complété cette réflexion en soulignant la portée du projet : « Quand il y a un dénouement heureux, il faut le raconter, car cette exposition parle surtout de justice ».

Jodie Coste, également très engagée sur le terrain, a rappelé l’action de son association, qui intervient à plusieurs niveaux. Dans l’accompagnement des familles victimes de féminicides, la coopération avec le Ministère de la Justice, ou encore la participation à la formation des gendarmes dans différentes Maisons pour la Famille sur tout le territoire français et la sensibilisation dans les écoles notamment. Elle a également partagé des chiffres marquants : « Il y a une tentative de féminicide toutes les sept heures en France et l’âge des premières agressions sexuelles a reculé entre 2024 et 2026. »

Revenant sur la dimension citoyenne de l’initiative, Annelise Stern a rappelé que beaucoup de personnes pensent qu’il s’agit d’un projet porté par l’État. « Ce n’est pas le cas, souligne-t-elle. Il s’agit d’un projet citoyen porté par des citoyennes. Ce qui nous intéresse dans Marianne, c’est qu’elle devient un collectif. » Elle poursuit : « Marianne est un symbole de justice et de liberté. Il faut aussi se réapproprier ces symboles, parfois accaparés par l’extrême droite comme le bleu-blanc-rouge et le bonnet phrygien. »

La table ronde s’est conclue par un message de remerciement de Jodie Coste : « Vous avez créé quelque chose qui aurait pu exister ailleurs et beaucoup moins bien, qui aurait pu incarner d’autres choses moins solaires. Je me sens aussi investie d’une responsabilité, car aujourd’hui, quand on me voit en Marianne, on comprend que cela prend tout son sens. »

Une table ronde pour prolonger les échanges

L’événement s’est poursuivi par un échange exclusif réunissant la photographe Sylvie Castioni, la commissaire de l’exposition Annelise Stern et Jodie Coste, auteure-compositrice, ambassadrice de l’Union Nationale des Familles de Féminicides et également représentée en Marianne dans l’exposition. Les discussions ont d’abord porté sur la genèse du projet.

Sylvie Castioni a expliqué avoir commencé ce travail après la dénonciation des viols de son ex-meilleur ami, commis sur une dizaine de jeunes mannequins et actrices. Il est aujourd’hui condamné à seize ans de prison, révèle-t-elle. C’est ainsi dans les couloirs du Palais de Justice, à l’occasion du procès, qu’elle dit avoir été confrontée pour la première fois à la figure de Marianne. « C’est une réponse personnelle et artistique à des injustices dont j’ai été témoin », confie-t-elle, rappelant que « l’intime est politique ». Si le point de départ est difficile, la photographe insiste sur le rôle réparateur de l’art : « Ce n’est pas un début joyeux, mais on transforme les épreuves de vie, car l’art permet de se réparer. C’est un endroit qui fait évoluer les consciences et qui touche à des parties qu’on n’a pas envie de voir. » Annelise Stern a complété cette réflexion en soulignant la portée du projet : « Quand il y a un dénouement heureux, il faut le raconter, car cette exposition parle surtout de justice ».

Jodie Coste, également très engagée sur le terrain, a rappelé l’action de son association, qui intervient à plusieurs niveaux. Dans l’accompagnement des familles victimes de féminicides, la coopération avec le Ministère de la Justice, ou encore la participation à la formation des gendarmes dans différentes Maisons pour la Famille sur tout le territoire français et la sensibilisation dans les écoles notamment. Elle a également partagé des chiffres marquants : « Il y a une tentative de féminicide toutes les sept heures en France et l’âge des premières agressions sexuelles a reculé entre 2024 et 2026. »

Revenant sur la dimension citoyenne de l’initiative, Annelise Stern a rappelé que beaucoup de personnes pensent qu’il s’agit d’un projet porté par l’État. « Ce n’est pas le cas, souligne-t-elle. Il s’agit d’un projet citoyen porté par des citoyennes. Ce qui nous intéresse dans Marianne, c’est qu’elle devient un collectif. » Elle poursuit : « Marianne est un symbole de justice et de liberté. Il faut aussi se réapproprier ces symboles, parfois accaparés par l’extrême droite comme le bleu-blanc-rouge et le bonnet phrygien. »

La table ronde s’est conclue par un message de remerciement de Jodie Coste : « Vous avez créé quelque chose qui aurait pu exister ailleurs et beaucoup moins bien, qui aurait pu incarner d’autres choses moins solaires. Je me sens aussi investie d’une responsabilité, car aujourd’hui, quand on me voit en Marianne, on comprend que cela prend tout son sens. »

Une inauguration publique portée par les Mariannes

La soirée s’est poursuivie avec la présence d’une quinzaine de Mariannes, réunies sur scène lors de l’inauguration ouverte au public du Musée Postal et animée par la journaliste et animatrice franco-belgo-britannique Sandy Heribert, également amie de Sylvie Castioni. Plusieurs témoignages ont rythmé ce moment, notamment celui de la danseuse Dalia Salimo, revenue sur ce que représente le fait de s’épanouir dans son corps de femme, ainsi que celui de la taekwondoïste afghane, Marzieh Hamidi, née en Iran et exfiltrée en France, pour qui Marianne doit être un symbole qui dépasse les frontières. « Je pense aussi aux femmes afghanes, aujourd’hui exclues de l’école, du travail, de l’espace public, comme si leur simple présence était devenue insupportable et comme si leurs libertés devaient être oubliées. Mais l’histoire nous apprend une chose importante. On ne peut pas effacer les femmes, on ne peut pas faire taire la liberté éternellement », nous dit-elle.

La soirée a également été ponctuée d’interventions musicales, avec la participation de Jodie Coste et de Kee-Youn Kim. Une manière de résumer l’image de l’exposition : plurielle, engagée et portée par des voix de femmes qui, ensemble, redessinent les contours d’une Marianne résolument contemporaine.

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