« Chaque femme incarne Marianne », Sylvie Castioni

Du 15 avril au 13 juillet, le Musée de La Poste exposera en partenariat avec le Réseau Parité Un Une le travail de la photographe engagée Sylvie Castioni. À travers une relecture moderne et audacieuse, l’artiste réunit des actrices, des réalisatrices, des entrepreneuses, des créatrices de contenu mais aussi toute une lignée de postières pour incarner la figure républicaine de Marianne et célébrer la diversité. Plus qu’une exposition, un hommage vibrant pour toutes les femmes. Rencontre.

Quel a été le déclic du l'idée du projet « Marianne » ?

C’est une longue histoire. Avant d’être artiste engagée, j’ai travaillé pendant 15 ans dans la mode comme photographe. Je photographiais des jeunes femmes très maigres, selon des codes très établis. Puis, il y a dix ans, j’ai découvert que mon meilleur ami de l’époque abusait des mannequins. Ça a été un énorme choc pour moi. J’ai pris conscience de violences que je ne voyais pas, ou que je ne voulais pas voir, dans le milieu de la mode et du cinéma. Le procès a eu lieu il y a deux ans. Je suis restée dans l’enceinte du Palais de Justice pendant deux semaines avant de témoigner à la barre, à réfléchir, à échanger avec ces jeunes femmes. Ce lien et cette sororité m’ont marquée : ce sont eux les véritables remparts contre le patriarcat. C’est d’ailleurs grâce à cette sororité et l’élan collectif que le procès a été gagné avec une peine prononcée de 16 ans de prison ferme. En sortant, j’ai vu des figures de Marianne partout sur les murs du Palais. Inconsciemment, quelque chose s’est passé. J’ai eu envie de célébrer cette sororité et de réaffirmer nos droits.

La Marianne est censée représenter la Liberté, l’Égalité, la Fraternité, mais ce sont des valeurs qu’on ne voit pas encore assez au quotidien. Marianne a été inventée par des hommes en 1792. Qu’est-ce qu’on en a fait ? Est-ce que, réellement, les femmes bénéficient de cette devise ? Je voulais ce projet comme une piqure de rappel.

Comment est née votre collaboration avec La Poste ?

Elle s’est faite très naturellement. Marianne est une figure centrale au sein de La Poste notamment à travers le timbre. De mon côté, je travaillais déjà avec le Groupe depuis trois ans sur des films mettant en valeur des femmes à des postes à responsabilité. En collaborant avec La Poste, j’ai vu que les questions de parité et d’égalité salariale étaient omniprésentes. Et j’y ai trouvé ce que je ne trouvais pas dans la mode, des alliées, comme Isabelle Parthonnaud ou Aurore Mayer.

Dès lors, Marianne est devenue un double symbole : celui de la République et du timbre, bien sûr, mais aussi celui de la force. C’est une figure universelle. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le bonnet phrygien était la mascotte des JO !

À travers votre objectif, chaque femme devient une figure de la République. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Le projet réunit des femmes de la culture qui ont une parole forte. Mais il y a aussi, par exemple, une photo spécifique d’une lignée de postières, une petite-fille, avec sa mère et sa grand-mère, pour montrer que chaque femme, quels que soient son âge ou son origine, incarne Marianne. On peut toutes être Marianne car on a toutes le droit à la dignité.

L’exposition représente notre société mais aussi la manière dont on traite les femmes. Par exemple, j’ai eu plus de mal à trouver des femmes âgées car la société leur renvoie une image difficile d’elles-mêmes. Or j’ai à cœur de défendre la diversité des beautés. La beauté est partout, ce n’est pas un seul modèle. Je veux que les femmes puissent exister avec leur corporalité sans être contraintes de correspondre à un idéal de beauté codifié.

La Poste offre une échelle immense au projet. Quel est l'impact de cette visibilité ?

Cette visibilité est essentielle ! Il y a une proximité historique entre les Français et La Poste. Tout le monde a une relation particulière avec La Poste, donc le message est d’autant plus fort. L’art crée des ponts, et s’allier avec une entreprise présente partout permet de toucher les personnes en plein cœur. Et plus l’exposition est visible, plus on échange. À Nice, l’exposition était dans la rue et les gens discutaient devant les panneaux. Les grands-mères avec les petites filles, les couples… C’était fascinant. Marianne permet d’aborder mille sujets, du rapport au corps jusqu’à la figure de la mère nourricière.

Avez-vous un souvenir particulièrement fort de ces séances de pose ?

J’en ai beaucoup. Je pense à Mira, une jeune pianiste cyberharcelée. Au moment des photos, elle a finalement accepté d’enlever son corset et poser buste nu. Elle s’est réapproprié son corps et a eu des retours superbes de sa communauté.

Andréa Férréol, actrice de 79 ans, n’a pas hésité une seconde à se dénuder pour la cause et à balayer d’un revers les préjugés sur le corps vieillissant.

Je n’oblige jamais personne à poser buste nu, mais avec mon regard bienveillant, ces femmes finissent souvent par vouloir cette réappropriation. Elles se sentent souveraines et reliées les unes aux autres, comme une constellation féminine. D’ailleurs au début, je photographiais seins nus car c’est la représentation historique de Marianne. Mais j’ai dû arrêter pour éviter la censure. Cela raconte aussi beaucoup de choses sur l’hypersexualisation de la poitrine féminine aujourd’hui.

Pour finir, si vous deviez définir cette exposition en trois mots ?

Liberté(e), Égalité(e), Fraternité(e). Notre devise réinventée par le prisme du féminin !

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